Une journaliste brésilienne écrit un rapport sur les 30 jours de travail volontaire en Haïti


18/06/2013

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Il y eut de nombreuses réactions de la famille et des amis au regard de ma décision, mais celle de ma mère était le plus inestimable. En apprenant que je démissionnerais (alors que je suis journaliste depuis 13 ans à la Folha de São Paulo) pour rester un mois en Haïti, sa réponse était: « Où? A Tahiti? A Hawaii? » Non, maman. En  Haïti. Ce pays qui a toujours été décrit par la misère et l’abandon, ravagé par une succession de coups d’État, de dictatures, d’épidémies et de catastrophes naturelles.

Paula Lago au milieu des enfants haïtiens, l'un des nombreux moments d'interaction vécu durant ses 37 jours de travail bénévole en Haïti

Aujourd’hui, de retour au Brésil, j’affirme que ce fut la meilleure chose que j’ai fait ces derniers temps. Je suis restée 37 jours au sein de la nation caribéenne durant lesquels je pouvais voir la dure réalité des haïtiens, de ces personnes qui ne peuvent pas avoir une idée du futur car l’avenir n’est pas une chose très présente dans leur vie, malgré le cliché, une leçon. J’ai vécu avec des Brésiliens qui font ce que j’ai fait, mais pour une période indéfinie. Les gens qui ont vu dans ce pays le plus pauvre des Amériques une chance de commencer leur vie ou de commencer une carrière professionnelle. J’ai rencontré des Haïtiens qui croient que le pays va s’améliorer, voulant collaborer pour cela, mais j’ai eu également contact avec d’autres qui ne croient plus en leur pays et ne pensent qu’à partir.

J’ai vu des réalités qui faisaient autrefois partie de la réalité au Brésil, mais qui aujourd’hui, heureusement, appartiennent au passé, comme ces enfants sévèrement malnutris ou sans accès aux vaccinations. J’ai malgré tout vu des scènes qui font toujours partie de la vie des Brésiliens les plus pauvres, telles que le manque d’assainissement, les hôpitaux publics et la question de l’insalubrité des rues et des rivières. Ai-je parlé de la circulation? Il s’agit d’un chapitre distinct. Mais je vais résumer: la loi est le pied sur l’accélérateur et la main sur le klaxon.

« J'ai malgré tout vu des scènes qui font toujours partie de la vie des Brésiliens les plus pauvres, telles que le manque d'assainissement, les hôpitaux publics et la question de l’insalubrité des rues et des rivières », affirme Paula Lago.

J’ai vécu dans les locaux de l’Académie de  Football Perles Noire, à Croix-des-Bouquets, et j’ai vécu avec l’équipe, le personnel et les athlètes ; j’ai visité l’école de formation en éco-tourisme à Arcahaie, près de Port-au-Prince ; j’ai également suivi le travail des employés de l’administrative de Viva Rio ; j’ai visité Zile Vèt (centre de recyclage et de production) et Kay Nou (centre communautaire de l’ONG à Bel Air). J’ai fait une tournée de tous les projets, mais je me suis concentrée davantage sur des cours de danse et de capoeira.

Accompagnée de Jude, administrateur de Kay Nou, j’ai visité le marché Croix-des-Bossales et j’ai été impressionnée par l’étendue et la quantité de vendeurs, des personnes qui y circulent, souvent très pauvres, avec un manque d’hygiène dans la cuisine… hum, une « boucherie » à ciel ouvert. Pas étonnant que ce marché, qui servait pour la vente des esclaves, est connu par les militaires brésiliens en Haïti comme « la cuisine de l’enfer ».

Les cours de danse du projet Aochan Creole et de capoeira, à travers le projet Gingando pela Paz, ont attiré l’attention de la journaliste

J’ai quitté le Brésil avec l’idée d’aider les athlètes de l’Académie de Football avec des cours de portugais, mais parce que cette langue n’est pas dans leur curriculum, je me tournai vers mon domaine de compétence et ai collaboré dans l’élaboration du website du projet de tourisme de Viva Rio en Haïti, encore en développement. En parallèle, j’envoyais des articles pour la Folha et ces deux activités m’ont donné la chance de découvrir une grande partie du pays.

Aussi, je fis des patrouilles avec les militaires. Dans l’une d’entre elles, j’ai assisté à une action civique et sociale de la mission de l’ONU qui fournissait des soins médicaux, distribuait de l’eau potable et de la nourriture ; on a joué avec les enfants et pour finir, il y eut une présentation de capoeira et un cinéma en plein air sur une place de Cité Soleil, à Port-au-Prince. Lors d’une autre patrouille, nous sommes allés au Fort National qui a été détruit par le tremblement de terre, puis au Wharf Jérémie. Nous avons visité une école et un centre de couture et d’artisanat, puis deux camps de réfugiés à Cité Soleil. Dans l’un d’entre eux, Tap Vert, j’ai rencontré le pire de ce que j’ai vu en Haïti: pas de lumière ni d’eau, presque tous sont sans travail, les enfants ne vont pas à l’école, et l’accord passé entre la MINUSTAH et le gouvernement est qu’il n’y aura pas d’action bénéfique tant qu’ils sont là, car les gens vivent dans ce camps, dans une situation « provisoire », depuis plus de trois ans déjà. (Il n’y a pas de prévision quant à leur départ du camp. Les résidents, comme vous et moi, attendent un signe du gouvernement haïtien depuis le tremblement de terre de 2010). Je découvert également le travail des sœurs brésiliennes au Camp Corail qui mettent l’accent sur ​​la génération de revenus et le développement d’une économie solidaire.

Paula Lago a visité les projets de Viva Rio orientés dans la reconstruction et la relance de la culture haïtienne.

Vous ne pouvez pas faire un séjour dans les Caraïbes et ne pas aller à la plage, n’est-ce pas? Donc, parce que je suis d’accord sur le fait que le tourisme est une clé pour le développement du pays, comme le disent les analystes et ceux qui connaissent bien la situation en Haïti, je suis allée dans la région de la Côte des Arcadins, à 40 minutes de Croix-des-Bouquets. Vous payez $20US l’entrée dans un hôtel pour passer une journée au bord de mer. A Cormier Plage également, au Cap-Haïtien, dans le nord du pays, où j’ai payé $5US pour découvrir une belle plage, calme et paisible, en utilisant également la structure de l’hôtel. J’ai choisi de ne pas aller à Labadee, plage voisine exclusive et célèbre de la Royal Caribbean, parce que ce n’était pas exactement ce type de visite que je recherchais. Je ne regrette pas : Cormier Plage est une plage déserte de sable blanc et fin, et la mer aux différents tons de bleu dans laquelle vous vous baignez vous emmène dans un imaginaire de paradis.

Ah oui ! Avant de voyager, je me suis renseignée autant que j’ai pu là où je vis, à São Paulo, et j’ai consulté le « médecin du voyageur », un centre de soins offerts par le SUS, l’hôpital Emilio Ribas. Le médecin m’a très bien reçu ; il semblait être bien informé sur Haïti et m’a donné plusieurs directives, telles que les précautions que je devais prendre quant à la nourriture et à l’eau, en plus d’une liste de six vaccins à prendre, à savoir : la rougeole, la fièvre jaune, la typhoïde, la rage, l’hépatite et le tétanos. Dis en passant, un record : 37 jours en Haïti, je n’ai jamais eu de diarrhée. Faire attention à l’eau que nous buvons et aux endroits où nous mangeons sont la clé de ce « succès ».

Arrivée en Haïti, j’ai entendu la meilleure version de la chanson brésilienne “Ai, si eu te pego”. La plupart d’entre eux comprend bien le refrain : « Melíssia, Melíssia, assim você me matar » et ils la chantent encore et encore et encore, avec la chorégraphie. Les enfants l’adorent aussi et ce furent eux qui m’ont le plus impressionné, sans aucun doute. Dans le besoin, mais toujours plein de joie, ils sont toujours les premiers à accueillir les visiteurs. Ils demandent de l’argent et du chocolat, oui, mais ils veulent aussi une embrassade, un sourire, un câlin. Et ils aiment prendre des photos … Ils dansent, posent, défilent, grimacent.

Difficile, après avoir tant joué avec eux, d’entendre d’une jeune mère la proposition suivante: « Vous êtes brésilienne? Je vais vous donner mon bébé et vous le prendrez avec vous … » Non, je n’ai pris le bébé et je lui souhaite un avenir digne. Mais j’ai rapporté avec moi beaucoup d’histoires, tant de souvenirs et beaucoup, beaucoup de photos dont je serai toujours ravie de montrer autour de moi.

La journaliste a vécu dans les dépendances de l’Académie Perles Noires et a rencontré les athlètes du projet.